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Céramique d'Art : Edition 2009

 

Retour sur le salon Céramique 14 d'octobre 2009
A travers l'article parue dans la revue « La revue de la Céramique et du Verre » ( n° 169 novembre-décembre 2009)

Le pays à l'honneur était le Portugal.

Annie Fourmanoir, invitée d'honneur,entourée de ses oeuvres.L'organisation de l'exposition repose sur l'activité de trois personnes impliquées dans l'association À tout atout : Nadine Thomas, créatrice de l'événement et présidente honoraire, Nicole Adam, présidente et Laurence Crespin qui apporte son regard sur la céramique comme le justifie son expérience de céramiste et de l'atelier Le Lavoir à Clamart.

Trente-six exposants dont trois invités portugais, Annie Fourmanoir (photo ci-contre, à droite) et des céramistes sélectionnés sur dossier. L'appel à candidatures a été lancé internationalement, mais à l'exception d'un Anglais et d'un Espagnol, tous sont français ou travaillent en France.

Des animations entourent la manifestation. Cependant, l'essentiel est dans la salle d'exposition. Les oeuvres de chaque artiste sont séparées de celles des autres par des cloisons. Cette disposition gêne probablement la vue de l'ensemble. Il apparaît que, peut-être, chaque artiste présente un trop grand nombre d'objets ; néanmoins, ils donnent une idée plus vaste de chacun des exposants.

Daniela Schlagenhauf, prix du Jury et son stand.Le prix du Jury revient à Daniela Schlagenhauf (photo ci-contre, à gauche) pour ses bandes plissées, ses rubans recourbés, ses coquillages généreux, tous en biscuit de porcelaine teintée de touches bleues. Les plissés supposent une familiarité avec ce matériau capricieux en raison de ce que l'on nomme la mémoire de la porcelaine, c'est-à-dire cette propriété d'exagérer à la cuisson toute pression exercée sur la pâte crue. D'autres propositions de cette céramiste suggèrent la légèreté évacuant par la même occasion, l'idée de fragilité caractéristique de la porcelaine. Des résultats plus délicats encore seraient possibles avec l'emploi de papier porcelaine, cette invention française qui date de plus de vingt ans.

Myung-Joo Kim, prix du Public.Le public a judicieusement choisi d'attribuer son prix aux oeuvres modelées de Myung-Joo Kim (photo ci-contre, à droite). Coréenne fixée en France, elle travaille en volume toutes les faces de ses modelages. Elle apporte un imaginaire nouveau, une étrangeté poétique avec ses formes mi-animales mi-végétales, une représentation de l'irréel qui trouble sans blesser. C'est une expression singulière en accord parfait avec le matériau terre appréhendé en masses.

Les « chimères d'argile » d'Elsa Alayse sont plus inquiétantes ; elles mettent au premier plan le poids organique de l'être humain chargé de ses viscères, surdimensionnant le tronc au détriment de bras moignons et de membres inférieurs inactifs. Les petites offrandes de poumons ou de reins ou de coeurs, comme des ex-voto, le tracé du circuit sanguin, les inscriptions et prescriptions, toute cette insistance sur le corps renvoie à Our Body, à corps ouvert exposition dont le succès international s'étend à des millions de visiteurs.

Les armées animales de Catherine Capri, les pièces robustes en grès d'où émergent des visages de Nicolas Rousseau, les boîtes dragons aux grillages habilement découpés d'Hélène Sellier-Deplessis, les arbres de vie et les personnages reliquaires de Fabienne Auzolle représentent eux aussi l'art du modelage.

Laurent Dufour, prix spécial.Des oeuvres peintes bien sûr. La céramique française en est toujours marquée. Le prix spécial attribué à Laurent Dufour (photo ci-contre, à gauche) correspond à ce genre. Sur des parallélépipèdes en grès, formés à partir de plaques ou simplement sur des plaques intentionnellement bosselées et aux contours irréguliers, il propose un graphisme de traits noirs de largeurs variées, d'où se dégagent des personnages, figures humaines et imaginaires soutenues d'engobes colorés dont certains cuits au feu de bois se nuancent des passages animés.

Les Portugais sont hors concours, mais une mention spéciale distingue l'expression de Heitor Figueiredo dont les constructions apparaissent comme la réplique méridionale de ce goût pour l'architecture répandu chez les céramistes du nord de l'Europe. Alors que chez eux dominent les tons pierre et sable des immeubles modernes, ici, ce sont des habitations hétéroclites, populaires, fabriquées d'éléments disparates, de matériaux métalliques simulés, grillages, boulons, et colorées de bleu natier, vert d'eau, prune, mauve, rose, polychromie qui réveille le souvenir de gammes oubliées. Dans de petites boîtes se blottissent des appareils imaginaires, sommaires mécaniques d'antan, dérisoires et pourtant offensives par leur affirmation à capter la sensibilité de l'observateur.

Ne négligeons pas la ligne privilégiée de Sofia Beça, les volumes de céramique associés à divers matériaux de Mario Reis, les étonnantes créations à partir de feuilles de porcelaine de Rafael Pérez Fernandez, les précieux lustres de l'Anglais Tony Laverick et plus directement, sur plan circulaire, les pièces sobres et délicates de Véronique Despondt.

La qualité des oeuvres mérite l'attention et la réputation qu'encourage un public de visiteurs, d'amateurs et d'acheteurs de plus en plus intéressés. D'autre part, la belle salle polyvalente construite dans les années trente offre un espace de choix à Céramique 14. Enrichie de lustres de la même époque, de fresques murales et de vitraux du maître verrier Louis Barillet, elle se prête à cette manifestation artistique dont s'affirme le rayonnement.

En marge de Céramique 14, une exposition de céramiques populaires de Barcelos au Portugal (nord-est) fabriquées par des ruraux, parallèlement à leurs activités. Cette tradition, exportée au Brésil dans la région de Recife, nous vaut ici des figurines particulièrement naïves et vivantes.
Françoise Espagnet (Photos Gaëtane Fiona Girard.)

La Portugaise Sofia Beça.    Isabelle Mouedeb.    Christian Faillat au premier plan, Catherine Capri au fond.    Sogia Beça sur l'estrade, au fond les stands de Mário Reis et Heitor Figueiredo.    Au premier plan, Dorothée Loriquet.
Légende (de gauche à droite) : La Portugaise Sofia Beça / Isabelle Mouedeb / Christian Faillat au premier plan, Catherine Capri au fond / Sofia Beça sur l´estrade, au fond les stands de Mário Reis et Heitor Figueiredo / Au premier plan, Dorothée Loriquet.

Lire l'article au format pdf (La revue de la céramique et du verre - n° 169 novembre-décembre 2009)

L'exposition Céramique 14 s'est tenue du 7 au 11 octobre 2009.