Céramique d'Art : Edition 2011
Retour sur le 8ème salon Céramique qui a eu lieu du 14 du 19 au 23 octobre 2011
Le pays à l'honneur était la Belgique.
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Céramistes participants
- ARAGUNDI-HANUS Ananda
- BECKER Doris
- BENVENUTI Karine
- BESENGEZ Virginie
- BOURLARD Jean-François
- CALLEJO Eukeni
- CAPPE Boris
- CAPRI
- COHEN Michel
- COOCH Emma
- CORDEL Manuel
- DEBIZET Agnès
- DOYEN Nathalie
- DUQUESNOY Vianney
- FALCINI Charlotte
- GALVIN Jérôme
- GOBAT Marie-Laure
- HARDY Martine
- LE MEN Florent
- LECLERCQ Isabelle
- MARECHAL François
- OPGENHAFFEN Jeanne
- PECCATTE Emmanuel
- PETIT Laurent
- RAGUIN Nicolas
- ROGER Claire
- ROY Robert
- SERRA Joan
- SPOTO Antonino
- STUER Maarten
- THIROUIN Sylvain
- TREPAT Beatriz
- WITHOFS Fabienne
ARAGUNDI-HANUS Ananda
Chacune de mes oeuvres est tendue vers un hommage à l'humain et à la beauté de la nature instinctive.
BECKER Doris
Mon travail artistique et la création de mes sculptures en céramique sont influencés par l'observation et la recherche des structures diversifiées dans la nature notamment des textures minérales de la terre.
Pour moi ce sont des tableaux, des empreintes formées et transformées par l'espace naturel et le temps. Ce qui m'intéresse particulièrement sont les contrastes apparemment omniprésents dans la nature provoqués par une évolution permanente qui souligne la contradiction entre construction et déconstruction, entre formation et déformation, entre structuration, déstructuration voire destruction.
Quel est le mystère de cette nature macro- ou microscopique avec ces variations, ces formes et structures interminables et contrastées ?
J'essaie dans mon travail que mes sculptures reflètent ces secrets omniprésents dans la nature et dans la vie en général.
Doris BECKER
BENVENUTI Karine
Je cherche à instaurer un rythme entre ombre et lumière, entre vide et plein, entre clair et foncé, rugueux et lisse. La grande richesse des matières que mon regard croise (morceaux de mur, d'arbre, de roche, de volcan, de pierres, de métal, de neige, d'eau...) inspire mes recherches créatives.
Pour créer une pièce, l'attachement à mon environnement, à ma culture et à mon vécu, ainsi que l'ouverture au monde sont importants. Chaque sculpture, chaque instant passé avec une sculpture, me transportent vers autre chose, vers une autre création, une autre réflexion. C'est pour cela que chaque sculpture est unique. Elle appartient à un moment bien précis de mon existence. Elle représente une étape de ma vie. Une forte émotion doit s'en dégager et le spectateur devient complice de cette forme. Elle ne prend vie que par le regard de l'autre. Ultime reconnaissance.
Karine BENVENUTI
BESENGEZ Virginie
Je me nourris des paysages urbains qui m'entourent, de l'architecture des pays du Nord et de l'esthétique austère des « natures mortes » flamandes. J'aime la terre nue, les compositions monochromes. Je façonne mes pièces et les accumule selon un plan imaginaire, pour des installations toujours en quête d'équilibre. Je suis très sensible aux objets du quotidien, au rapport physique que nous entretenons avec eux, à leur usure... Mes « marmites » me permettent une confrontation entre l'apparence d'une pièce solide, qui appartient à l'imaginaire collectif et la fragilité de l'argile.
Virginie BESENGEZ
BOURLARD Jean-François
Céramiste/sculpteur, Jean-François Bourlard vit chaque pièce comme une expérience sur la matière et le mouvement.
Au fil des expériences, trois axes de travail se sont dégagés qui tous tournent autour d'un travail sur la matière et le mouvement. Je travaille sur des forces et des mouvements qui se produisent à la cuisson grâce à la superposition de matières fusibles (terre ou émail) et plus réfractaires (grès, porcelaine). La fusion provoque craquelures, décollements de matière, ouverture de la pièce. Le feu remodèle matières et volumes.
Jean-François BOURLARD
Source : http://lesmainsdanslaterre.blogspirit.com/album/jean_francois_bourlard
CALLEJO Eukeni
Le grand poète Vicente Aleixandre a écrit : « Tradition et révolution. Ce sont deux mots identiques ».
Eukeni Callejo a appris avidement les marques d'identité de la céramique historique pour partir de là vers un horizon d'expression personnel.
Une des caractéristiques de son oeuvre est généralement la rotondité, mais comme le changement est le seul rythme constant de l'univers, Eukeni Callejo entre et sort de la sculpture comme vérité, de la céramique picturale comme rêve et se plonge maintenant dans une céramique plus intimiste, faite de formes chawan, une métaphore supplémentaire de la cérémonie du thé, une céramique faite de vases de terre et de pots qui feraient les délices du maître Sen no Rikyu et de Chojiro lui-même.
Sen no Rikyu a provoqué la révolution du raku, repoussant les céramiques trop ornementales et choisissant l'austérité subtile de la céramique qu'utilisaient les paysans.
Eukeni Callejo dote les formes céramiques d'un réalisme magique tout à fait singulier que cette exposition nous donne spécialement l'occasion d'apprécier.
Antonio Vivas
Directeur de la Revue internationale Cerámica
Membre du Conseil de l'Académie Internationale de la Céramique
CAPPE Boris
Titulaire du Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique de l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Limoges, Boris Cappe a développé un projet intitulé « du détournement au détournement », réalisation d'objets industriels détournés.
Boris Cappe travaille essentiellement la porcelaine mais aussi le grès, notamment en cuisson anagama.
Il explore la déformation en céramique : déformation corporelle par pression des objets, déformation interne par gonflage, déformation provoquée par des éléments extérieurs à la pièce (bogue de châtaigne etc...).
CAPRI
C'est venu comme ça, la nature, la terre, la forme, l'humour. Une alchimie incroyable qui donne à mon bestiaire une âme malicieuse et attachante. Je veux ma terre vivante, elle se veut mon double. Je suis devenue sculpteur animalier sans m'en apercevoir!
Capri
COHEN Michel
L'artisan d'art est potier depuis 32 ans. Autodidacte, il travaille trois productions différentes liées au mode de cuisson de ses poteries. La première s'inspire de la tradition japonaise, le raku. « Les pièces passent sous la flamme qui laisse des traces, et va oxyder les couleurs. Le carbone de la fumée va donner d'autres couleurs. Et les chocs thermiques, très violents, vont craqueler l'émail. »
La deuxième, sa collection de grès utilitaire, est travaillée dans un four à bois. « J'aime ces fours à bois qui sont une étincelle de vie sur les pièces. »
La troisième naît d'une cuisson traditionnelle japonaise du XVIe siècle appelée anagama. « Comme le raku, le feu traverse les pièces mais la cuisson est beaucoup plus longue : elle dure une semaine, jour et nuit ! »
Michel Cohen ne cache pas sa passion pour la céramique asiatique et le feu. « Le feu me surprend. Il fait ce que je n'aurais jamais osé faire. » Les 30 prochaines années, l'artiste va s'octroyer plus de liberté de formes et de tournages. « J'ai tourné pendant des années parfaitement rond. Je vais maintenant déformer... »
Marie-France BATARD
COOCH Emma
Illusion is always in flux. Where does the boundary lie between illusion and reality ?
Emma's recent work explores the elusive anad abstract in a series of hand built porcelain vessels and wall pieces. The interplay ogf forms, lines and colour oscillate between the 2nd and 3rd dimension. Advancing and receding colours, scales and depths create a pulse, a movement accross elliptical forms, resonating hues and a playful rhythm that approaches the lyrical. The pieces explore a synergy between surface and form, between certainty and elusion that seeks to challenge perceptions, engance illusions and create ambiguous, intriguing experiences for the viewer.
Emma cooch is a British artist linving and working in Paris, France. She was born in Gloucestershire, UK and attended Cheltenham and Bath Colleges of Art and design, before completing a BAHons in Cultural Geography with Art History at ExeterUNiversity. She went on to qualify as an art Teacher, and has taught in the UK and overseas alongside developing her practice. Emma recently graduated with a Masters in Ceramics (Disctinction) from Cardiff School of Art and Design and now exhibits her work in the UK and France.
CORDEL Manuel
DEBIZET Agnès
Agnès Debizet a trouvé avec le travail de la terre une voie d'expression narrative qui s'est substituée à ses projets d'écriture. Formée dans l'atelier céramique d'Albert minot, après des études de lettres modernes, cette littéraire nourrie de contes façonne des créatures hybrides, géantes et démembrées mais jamais inquiétantes : des totmes à face humaine ou pattes de batraciens, des bestioles à carapace engagées dans des cohortes ondulantes, des têtes sans corps, des corps sans visage, des formes androïdes inabouties emmanchées de cornes ou de griffes. Leur profil de pièces d'échiquier et leur volume extrapolé sont magnifiés par leur exposition en plein air, lors d'installationos d'art contemporain.
Texte de Valérie Appert (Collection, Ateliers d'Art de France Lucie editions/AAF juin 2010)
DOYEN Nathalie
Nathalie Doyen élabore ses travaux en douce simplicité.
Oeuvrant par expérimentations et intuitions, elle crée minutieusement une multitude de modules qui - assemblés - composent un espace graphique et musical. Elle y interroge la structure mais aussi le mouvement, le rythme et le temps.
Chacune de ses expositions matérialise un état précaire révélateur d'un vaste processus de création imperceptible. « La mise en vue » est ici comparable à une cristallisation éphémère de recherches en perpétuelles transformations.
Le rythme propre aux réalisations de Nathalie Doyen est ainsi comparable à celui d'une musique aléatoire dont le déroulement dans l'ensemble serait fixé mais dont les détails procéderaient du hasard et du lieu, une forme musicale ouverte aux options de l'interprète. Un rapport de proximité est nécessaire pour percevoir, au-delà des compositions, la richesse des notes qui les constituent.
L'artiste conçoit effectivement ses oeuvres telles de sobres partitions révélatrices de nombreuses vibrations, détentrices de multiples interprétations.
DUQUESNOY Vianney
Céramiste professionnel depuis 1999, Vianney Duquesnoy n'est pas attaché à une technique particulière. Porcelaine ou grès, terres mélées, céladon, cuisson lente du shino,raku, enfumage, tout est bon pour refléter son questionnement.
Son travail interroge les mouvements naturels, le lent travail de l'eau, le germe de vie au coeur du minéral, la transformation de l'immuable. Ses recherches s'intéressent aussi aux mutations humaines, comme celles qui touchent le monde du travail (projet Métaleurop).
Seule constante à l'atelier, seul sillon tout droit creusé, celui du bol à thé. Une passion plus qu'un repos, qu'il entretient avec ferveur au fil des années.
Vianney intervient depuis plusieurs années auprès d'enfants et auprès d'adultes en école d'art (ESMAA).
Source : http://fr-fr.facebook.com/pages/Vianney-Duquesnoy-Céramique
FALCINI Charlotte
Charlotte Falcini ou l'éloge du couple « Attraction physique, attraction fatale ».
Allons tout de suite à ce qui constitue l'originalité fondamentale de l'oeuvre de Charlotte Falcini, créatrice de pièces uniques en céramique.
Elle utilise la technique du nériage de faïence ou terres mêlées et installe ses sculptures sur le principe du couple. Chaque création est composée de deux pièces qui s'emboîtent sans être soudées.
Ce parti-pris permet d'associer ou de dissocier les deux éléments de l'oeuvre et d'aucuns pourront y voir la métaphore du fonctionnement d'un couple ou celle du lien du sculpteur en prise directe avec un matériau particulièrement exigeant - ici la faïence - avec lequel il noue une relation fusionnelle.
Cette ambiguïté fascine. En fait, lorsqu'il advient aux acquéreurs qui achètent cette sculpture « double » de dissocier les deux pièces, ils les posent souvent très près l'une de l'autre.
Comme si le lien invisible n'avait pas besoin de la fusion physique pour perdurer, comme si l'appel de la vie à deux supplantait le besoin de solitude. Ainsi, on comprend mieux pourquoi les sculptures de cette jeune artiste talentueuse exercent un pouvoir d'attraction si puissant : elles réveillent des sensations enfouies.
Derrière l'absolue pureté des formes, ces volutes qui s'enlacent ou s'élancent provoquent un étrange sentiment d'addiction. Il est difficile de voir quel disque soutient l'autre, où est la béquille, comment se construit l'équilibre.
Les sculptures de Charlotte Falcini portent des titres aussi forts, Boomerang, Discobole que la matière en est fragile : la faïence est fine et les formes épurées et minimalistes choisies par la jeune artiste mettent en valeur à la fois l'essence de cette fragilité et la force du mouvement.
Ces deux sculptures qui s'enroulent dans l'espace qu'elles prennent d'assaut se lient en un ballet de formes voluptueuses et sensuelles évoquant irrésistiblement l'amour physique. Il est très difficile face à une sculpture de Charlotte Falcini de réprimer l'envie de la toucher.
Ce couple peut également symboliser la dualité du combat qui oppose le sculpteur à la matière et l'effet « boomerang » peut être cuisant pour qui ne suit pas les lois (temps et température de cuisson). Dans les arts du feu, le sculpteur est toujours en liberté surveillée.
« La matière commande et vous rappelle sans cesse qu'il ne faut pas vouloir aller trop vite » souligne la jeune femme.
Peut-être est-ce pour cette raison que Charlotte Falcini a choisi le jeu de patience, ce travail de tension et ce rapport tangible à la matière qu'elle affronte pour se confronter à elle-même. Le couple toujours, version dualité intérieure. Et le dualisme de l'artiste est mis à l'épreuve dans l'alternative du choix : être dans la douceur ou la violence.
La faïence autorise cette dichotomie : il faut la poncer longuement pour amorcer une courbe tout en redoutant à chaque étape « la casse ».
« La faïence sèche c'est plus fragile que le grès et la température de cuisson -1000°- renforce cette fragilité » précise l'artiste.
Charlotte Falcini a élaboré une technique qui lui est spécifique à partir du nériage mais elle déborde du concept de la sculpture pour basculer dans l'installation. Peut-être en référence à sa formation de plasticienne à la Villa Arson où elle a relevé le défi de faire revivre l'Atelier céramique quelque peu déserté car associé à des pratiques traditionnelles.
Formée au tournage par la Japonaise Yoko Gunji, Charlotte Falcini en voit « de toutes les couleurs » avec le nériage. Au propre comme au figuré puisqu'elle découpe ses carreaux ou ses bandeaux de terre à l'ancienne sans croûteuse par tâtonnements et expérimentations. Jusqu'à mettre au point ces veines colorées qui sillonnent la forme et l'exacerbent.
Charlotte Falcini se réfère à l'Arte Povera et « Support/Surface » ; elle aime « faire quelque chose avec rien ». Les apparences esthétiques sont trompeuses, c'est bien le concept son point de départ, en l'occurrence l'amour réduit à l'archétype.
GALVIN Jérôme
Le 11 Mars 1975, vers 6h, Je suis en siège dans le ventre de ma mère. Le docteur lui ouvre le ventre. Je nais. Je grandis dans une ferme, la Campagne du Serre à Moustiers Sainte Marie sans frère ni soeur. Pour jouer, j'ai la nature, les animaux et surtout l'horizon du plateau de Valensole. Je rêve de la ville et de ses lumières. Je pense devenir quelqu'un d'important ( genre star...). Je dessine depuis toujours. C'est la seule chose que je trouve pour me faire remarquer à l'école. Depuis l'enfance, faire partie d'un groupe, du lot et devenir invisible me terrifie.
A la sortie du collège, je dessine toujours et décide d'en faire un métier. Etant trop raisonnable pour espérer devenir un nouveau Picasso, je choisis une formation de décorateur céramique. Je peindrai dans des assiettes, c'est un bon compromis... Dans mon village, j'aurai du travail ; c'est concret, ça me rassure. En 1992, je sors avec le C.A.P qu'il me faut du lycée Léonard de Vinci d'Antibes. J'ai 18 ans. Pendant 6 ans, je vais d'un atelier à un autre et prend ce qu'il y a à prendre. De certains, j'apprends la qualité, d'autres le rendement. En 1998, je craque et démissionne.
Je deviens artisan. Les premières créations arrivent. Je m'inscris aux Beaux Arts de Dignes et tombe amoureux de la gravure. Maintenant, céramique, gravure, peinture collage et autres sont à l'honneur.
L'important pour moi est de prendre des risques, de ne pas se cacher derrière ses créations et de se dévoiler. Parler de moi, c'est parler des autres. Je ne suis pas exceptionnel - c'est sûr.
J'ai choisi l'art. Je continue.
Jérôme GALVIN
GOBAT Marie-Laure
Marie-Laure Gobat met en volume du tissu, le coud, le pince, l'agrafe, l'enduit avec de la barbotine. A la cuisson, le tissu disparaît, la porcelaine se fige, le squelette diaphane devient armature. Cette démarche de recouvrement du textile par la porcelaine met en évidence la mémoire ce matériaux sa capacité à absorber et enregistrer. L'utilisation originale et cohérente de cette mémoire a rendu ses petites architectures textiles aussi impérieuses et énigmatiques que des armures. Peu spectaculaires, sans grandiloquence, les premières séries étaient si fines qu'elles paraissaient devoir s'effondrer au toucher. Puis les objets se sont affirmés jusqu'à revêtir une présence insistante et complexe, tels des morceaux de corps à habiter par le regard, le toucher. Un tel langage plastique, qui entreprend d'établir le rapport de l'enveloppe textile au contenant céramique induit inévitablement l'expression du corps et trouve des connexions évidentes avec les sentiments humains.
Comment combiner la matérialité de la sculpture avec la séduction du voile ? Comment une forme peut-elle envelopper, contenir tout en diffusant, se comporter comme une interface ? Comme s'il s'agissait d'évoquer à la fois la peau et son revers, de reproduire la densité d'un derme humain et sa respiration. La douceur que Marie-Laure Gobat appose à toutes ses créations met en défaut toute tentation de radicalité : Nulle lignes droites ou angles durs. Les perspectives de fils tendus arrimant quelques fois ses premières réalisations n'ont jamais recherché l'esprit de géométrie ni la froideur constructive. Les fils qu'elle tend s'évertuent bien mieux à restituer une traversée de l'espace en pointillés, à échafauder de fragiles chapiteaux pour la rêverie solitaire. »
Frédérique Bodet, Extrait du catalogue de la biennale de Vallauris 2006
HARDY Martine
Martine Hardy, formée aux Beaux Arts de Rennes, avoue un intérêt prononcé pour l'architecture. Elle aborde la céramique en autodidacte en 1996. Ses recherches la mènent alors aux Dormantes qui évoquent des graines en attente de germination, aux Cavités dont le vide crée une zone d'ombre et aux Coeurs qui peuvent s'extraire de la pièce ou, au contraire, y reprendre leur place. Tout ceci évoque bien sûr des emboîtements dont on peut se demander si elle va en poursuivre l'idée.
C'est effectivement le cas avec sa toile Archipel laquelle va, comme une photo aérienne, donner l'idée d'un emboitement, tout au moins d'un regroupement imaginaire de neuf de ses oeuvres présentées à la galerie. La base de chacune d'entre elles, en toile de chanvre marouflée sur châssis, donne lieu à un assemblage dont on imagine aisément qu'il pourrait être tout autre. A ces imbrications, jouant des rapports possibles de ces figures géométriques, s'ajoute le fait que Martine va faire des angles de ses pièces l'essence même de ses travaux. Que se soit sur papier ou en céramique, ceux-ci sont identiques et l'on ne sait qui de la céramique, de l'oeuvre peinte ou du dessin sur papier pelure précède l'autre tant le travail sur la forme se nourrit de ses esquisses. Très vite, en effet, s'effectue le passage du plan au volume et, enrichies des ombres portées par leur structure même, leurs anfractuosités obscures, leur texture, ces pièces donnent ainsi naissance à des Parois.
Ainsi, l'exploration à laquelle se prêtait déjà Martine des rapports des formes entre elles, de leur imbrication, des intervalles, des pleins et des vides, des contours et des ombres, de la texture et du décor va se poursuivre et même s'amplifier dans la mesure où ces parois anguleuses sont riches de plusieurs faces qui vont permettre de les aborder selon divers « angles » de vue.
Paroi, poème d'Eugène Guillevic (Carnac, Morbihan, 5 août 1907 - Paris, 19 mars 1997) a joué aussi un rôle de catalyseur pour Martine. Là, l'auteur aborde la notion de paroi de tous les points de vue possibles, que ce soit la paroi qui sépare, qui fractionne, qui change au gré du temps et des émotions ou celle plus intérieure et psychologique qui, à l'instar de la paroi matérielle, nous limite dans nos actes.
« La paroi, mais qu'est-ce
Qui vous dit
Qu'il n'y en a qu'une ?
Certes, nous avons notre terminus (...)
Est-ce que serait là
Qu'est notre Paroi ?
Ce serait seulement ça ? » (1)
Et il questionne aussi la paroi sur sa permanence.
« Et tu seras là toujours ?
Tu ne te fatigueras pas ?
Tu attendras » (2)
Eric Berthon (galerie AccroTerre)
LE MEN Florent
Je me suis demandé ce qu'est réellement la poterie car je ne suis pas fasciné par elle.
Au départ, toute chose tombe. Depuis la formation de la Terre jusqu'à l'existence d'un ruisseau, tout a une histoire de gravitation. L'Homme aussi, mais c'est une histoire de bagarre, car il a faim et soif et il a peur que la faim et la soif le reprennent encore. Alors il se met à organiser le désordre, à rassembler l'éparpillé, à conserver ce qui, chaque jour, se cherche. C'est un vice que nous partageons avec le castor, le pélican, l'oiseau aussi, jaloux de ses oeufs, et qui consiste à refuser que la gravité s'occupe unilatéralement de la répartition des choses sur terre. La poterie fétichise ce qu'elle contient parce qu'elle vole quelque chose à l'attraction terrestre et alors tout ce qui se conserve devient un bien. Ainsi, l'eau devient précieuse, c'est que nous ne la laissons pas couler. C'est comme ça, ce qui sort du chaos pour se répartir change de nature. Dans un barrage, l'eau devient énergie. Et dans le bol aussi. Voilà comment nous appauvrissons le monde sous le soleil. Faire advenir le précieux, n'est-ce pas appauvrir tout le reste ?
Florent LE MEN
LECLERCQ Isabelle
Céramiste à plein temps, Isabelle Leclercq l'est depuis sept ans. Ses oeuvres sont façonnées à partir de grès cuit à très haute température, 1260°C. Qu'il s'agisse de contenants ou de volumes sculptés, elles se distinguent par leur mélange de rudesse et de douceur : aspérité du toucher extérieur, rondeur de la forme. Dans cette « technique au service de la créativité », comme le souligne l'artiste, une dominante évidente : le rapport à la nature. La nature dans ce qu'elle donne à voir, donc, et plus profondément la nature source de vie. Les oeuvres ont rapport avec la gestation et les cycles éternels, les séries se nomment d'ailleurs « Graines », « Chrysalides », « Cocons » et les formes plus humaines sont d'évidence des ventres de femmes enceintes.
« Au commencement, la céramique est l'art du pot de terre. Coupes, bols, vases, calebasses, les formes sont éternelles et pourtant renouvelée par les céramistes contemporains. Il me plait de me rattacher à cette lignée de « potiers » des origines du monde et à élaborer des contenants : à l'extérieur l'épiderme de terre brute semble protéger l'intérieur dont la matière lisse, colorée invite à déposer le résultat d'une cueillette.
J'aime aussi à travailler sur des formes éloignées de la céramique utilitaire, des sculptures conçues pour solliciter la caresse de la lumière ou des doigts. Ces formes biomorphiques ne visent pas à représenter la nature mais elles dialoguent avec elle. Les uns et les autres y voient des choses différentes. On me questionne : est-ce une vague ? Ou une créature des abysses ? La fourrure d'un animal, une souche d'arbres rongée par l'eau et les insectes ? Ou encore le ventre d'une femme.
La sculpture est comme le nuage dans le ciel ou la roche sculptée par la lumière, elle se prête à diverses interprétations ; j'aime que le jeu soit ouvert, que l'oeuvre soit polysémique. »
MARECHAL François
Après des études techniques, j'exerce le métier d'électricien dans une grande entreprise d'aviation . Le besoin de travailler la terre existe depuis longtemps. L'amitié de Jean LINARD m'ouvre à cet art . Je quitte l'usine pour rentrer à l'Ecole des Beaux Arts de BOURGES dans l'atelier de Jean et Jacqueline LERAT . Je m'installe à Neuvy deux Clochers où je construis un four à bois que j'utilise pendant dix ans . Puis je découvre le raku cette forme de cuisson répond à mes attentes par sa spontanéité, et par la possibilité qu'elle lui donne d'intervenir plus directement sur la matière. Je n'abandonne pas pour autant les cuissons au four à bois, qui sont des moments forts de communication et de sérénité.
François MARECHAL
OPGENHAFFEN Jeanne
Living and working in Belgium, Jeanne Opgenhaffen is internationally recognised for her work with coloured porcelain. Her large murals are constructed from thousands of tiles, which are overlapped in varying shades and tones.
Over the years her work has developed from the figurative to the abstract. The earth's layers are recreated in subtle colour changes. Opgenhaffen's influences are the landscape and rock strata. When you look at her work, it has a movement about it – like a breeze blowing across a field changing the colour of the vegetation. She has an affinity for stones, geology and the earth.
Rufford, 2004. Texte publié sur le site de l'artiste.
PECCATTE Emmanuel
Depuis mon enfance, c'est la terre. Celle que l'on cultive, la terre qui nourrit.
Enfant de paysan en Dordogne, je prends une pause de mes mains sales pour des études d'architecture. Finalement le retour à la matière s'impose pour moi, certainement inscrit dans mes gênes.
Pour une première expérience à la création, je teste le verre. Mais à ce moment-là de ma route, les mains peut-être pas encore assez sales, je me retourne finalement vers la terre mais cette fois-ci façonnable et non arable.
Après une petite expérience dans un atelier près de chez moi, j'enchaîne par une formation au CNIFOP. Etant à proximité du village de La Borne je me suis nourrit sur ce lieu créatif, de cette relation qu'ont ces gens entre la terre et le feu, une relation sans artifice.
Dès lors, cette étincelle ne m'a plus quittée.
Je poursuis mon apprentissage à la Maison de la Terre de Dieulefit pour acquérir plus d'expérience et de savoir faire.
A la suite de celle-ci j'ai eu l'opportunité de m'installer un an en résidence d'artiste à Molly Sabbata ancien atelier d'Anne Dangar. Puis successivement je me suis installé dans plusieurs ateliers provisoires : Pelussin, Hostun, Mercurol.
Depuis 2006 je suis installé à Ponsas où à bord de mon atelier bulle, je crée des pièces contemporaines ou ethniques, je ne sais pas...
Emmanuel PECCATTE
PETIT Laurent
... réinterpréter la partition végétale ...
Explorations plastiques dans l'univers végétal, les Arbologies prennent leur source dans la relation intime entre la terre et l'arbre.
Élément nourricier, support de croissance pour l'arbre, la terre devient ici le moyen privilégié de réinterpréter la partition végétale.
A l'origine de ces recherches, trois morceaux de bois destinés au feu domestique. Choisis pour leur caractère, ils sont moulés sans fidélité excessive, juste pour en recueillir l'essentiel.
Les moules deviennent alors supports de création, donnant naissance à de nombreuses empreintes d'argile, répertoire destiné à composer des volumes de même famille et pourtant singuliers.
Construire, déconstruire ces empreintes en se jouant de la répétition servile, le propos est à cet instant de chercher à réorganiser les relations premières du tronc, de la branche, de la feuille, de transposer les traces des parasites ou de la tronçonneuse !
Vient le moment d'offrir les volumes à la couleur, à la matité des engobes, à la brillance des cendres et des émaux ... d'oser les fusions incertaines ... et pour finir de révéler tout le chemin parcouru dans la neutralité du feu électrique.
... de tribulations minérales en échappées picturales ...
D'aventures végétales en digressions potières, de tribulations minérales en échappées picturales, les Arbologies sont prétexte à parcourir le champ des archétypes plastiques sans chercher à asséner d'évidences ... en suggérant à chacun de multiples interprétations.
Laurent Petit
Arbologies / Galerie Empreintes / Texte de l'exposition
Septembre 2009
RAGUIN Nicolas
Jeune céramiste, Nicolas Raguin décrit à l'aide de ses pièces de grès enfumé, des situations statiques mais propices à la réflexion. « Petits personnages » sur des drôles de falaises ; finesse et imagination pour ses pièces de raku.
ROGER Claire
Prix spécial du jury en 2010, Claire Roger avait enthousiasmé le public et, par la même occasion, le jury, avec ses micromosaïques de terre étranges comme des objets rituels de plumes et de perles.
« Mon travail est une aventure graphique qui s'élabore à partir de terres colorées dans la masse et dont la singularité repose essentiellement sur le traitement simultané de la couleur, du graphisme et du volume. Ce graphisme puise sa source dans l'épaisseur de la matière et trouve sa forme dans le geste allié à l'outil. Il met en jeu les notions telles que : stratification, croisement, superposition, juxtaposition, répétition, modulation, etc. J'aime que mon travail s'inscrive dans la durée, heure par heure, jour après jour... ».
Source Céramique 14
ROY Robert
Je suis né en 1975 .
J'ai grandi aux pieds des carrières d'où est extrait le grès de Saint Amand.
Après avoir obtenu un bac scientifique et étudié l'histoire pendant 3 ans, je me suis dirigé vers les Beaux Arts de Bourges. Là, en 2001 puis 2003, j'ai reçu avec les félicitations du jury mes diplômes de fin d'étude. Je travaillais alors la vidéo expérimentale et les installations dans l'espace publique.
C'est à peu près au même moment que j'ai eu l'occasion par l'intermédiaire d'amis de participer à des cuissons au bois et de cuire quelques pièces qui n'étaient que des essais... Comme bien d'autres avant moi, j'ai été pris par le feu et sa caresse à la terre.
J'ai alors suivi la formation sur les émaux de haute température avec Patrick Buté au Cnifop, construit un four anagama et ai commencé à travailler la matière...(si ce n'est l'inverse !).
Aujourd'hui, je continue à explorer les voies de la matière céramique en contact avec le feu, je participe à diverses manifestations, je travaille en parallèle à l'Ema-Cnifop et surtout j'ai des tas de projets en cours ... A SUIVRE ...
Le travail de la céramique ne connaît pas de raccourci se plaît on à dire... le plaisir est donc d'autant plus long devrait-on ajouter ! .
Robert ROY
SERRA Joan
Prix du Jury 2010
« Processes of Form.
I do not shape the pieces; my task consists of creating the conditions needed for the forms to appear. My work is based on the behaviour of material, modifying the density of a clay body in a given volume through the addition of combustible materials which disappear during the firing. The variety of densities produced by adding varying quantities and types of material lead to differing behaviour during the drying and firing stages.
The initial structures are regular polyhedrons, either single units or in sets. Their smooth surfaces and sharp right angles are where the following chaotic process will engrave all its formal changes.
From the minimum point of vitrification, where clay will no longer disintegrate in water, through to melting or semi-melting point, the process will bring about a wide range of evolutionary changes in the base form, showing new and intimate aspects of the play between material and fire. Dilating and contracting, the loss of volume through vitrification, changes in shape caused by melting, the movement of a solid mass on an unstable surface...these are conditions which bring to mind the original evolution of the earth, recreations of nature's power on a human scale.
The forms exist already. My work is to discover them, allow them to appear... «
Joan Serra
SPOTO Antonino
Mon travail se situe entre la céramique et la poterie. Les formes, toujours simples, naissent le plus souvent du tour du potier. Elles m'apparaissent essentielles et me troublent par l'harmonie qu'elles révèlent.
Antonino SPOTO
STUER Maarten
Dans ces pièces, Maarten Stuer fait apparaître dans l'immobilité de l'objet l'instabilité d'un équilibre que l'on peut tout autant concevoir comme un état de repos entre deux mouvements ou un mouvement sans cesse réajusté. Pour l'exposition à la galerie Collection* le sculpteur a « développé » les Mouvements cycliques, au sens strict du terme puisqu'il déploie la spère dans l'espace, la déplie, la déroule dans une recherche qui porte autant sur la forme elle-même que sur l'ombre qu'elle projette au gré de la lumière.
La sculpture se dédouble dans un tracé en négatif d'un seul mouvement, comme une calligraphie qui la prolonge en naissant d'elle. Maarten Stuer confie: « Je cherche à trouver des formes qui ne s'arrêtent pas au formes elles-mêmes mais qui appellent l'espace. Des objets qui suggèrent autre chose que leur matérialité, qui concilient matérielité et spiritualité ».
Dominique Crébassol 2009 (La Revue de la Céramique et du Verre)
THIROUIN Sylvain

© Crédit photo : Circuits céramiques
I aim to capture the pleasure of making and working with an interactive material: clay. Traditionally, clay is taken through firing to an irreversible stage: ceramic, at which point it becomes inalterable.
The shards of this ceramic material provide archaeologists with information about the past. However, the malleability, plasticity and fluidity of the clay when it is actually thrown cannot be preserved in these shards.
What I am trying to achieve is a record of these very characteristics. My video recording works as an alternative to firing in that it captures the action of throwing clay. Digital technology is such an omnipresent tool of our era, and it constitutes a testimony of my time.
I play freely with clay, sound and movement so that the viewer can experience the pleasure of a skilled activity, even if they are not able to practice it themselves.
ARTIST STATEMENT
TREPAT Beatriz
Mon travail de terres mêlées est inspiré au départ, des formes lisses et sobres des graines, coquillages, galets, des pierres marbrées douces et petites qu'on pourrait tenir dans le creux de la main.
Avec le temps, elles ont gagné en hauteur et en volume.
Mes pièces sont d'abord des contenants, modelés autour du vide ou plutôt autour d'un plein d'air.
Cet air enfermé oppose une résistance qui me permet de les gonfler ou de les aplatir.
C'est un jeu entre la tension interne et la peau du vase.
Les pièces sont réalisées en faïence et montées à la plaque avec la technique du nériage.
Le mélange de terres colorées dans la masse permet de créer le dessin dans le corps même de la pièce.
Chaque pot garde la trace du processus de travail, comme autant de cicatrices ou de grains de beauté.
Morceaux choisis
Depuis quelques années, je construis aussi des contenants par accumulation de centaines de moulages.
C'est avec une jalousie de collectionneur que je choisis des objets évocateurs, qu'ils soient naturels (graines, fruits, coquillages) ou des objets d'ornement (bijoux, ferronneries, détails d'architecture ou de meubles). Ils s'équivalent, deviennent des reliques abstraites de leur fonction ou de leur usage.
Je me les approprie en « séquestrant » leur empreinte; le « vol » fait partie du jeu. Je possède ainsi une grande quantité de moules. Les positifs de ces éléments « capturés » s'additionnent pour former une surface par succession et par répétition. L'objet/fragment impose la multiplication; il en résulte une surface complexe, dynamique, qui captive l'oeil, un labyrinthe visuel et tactile, exubérant, obsessionnel. L'application d'oxydes souligne la qualité minérale de l'argile, permettant le jeu d'ombre et de lumière.
Beatriz TREPAT
WITHOFS Fabienne
Prendre la terre à témoin d'une attention intense à toutes les tournures que peut déployer l'expression. Prendre la terre comme texte, comme manifeste de « vérité physique » pour traduire une recherche, une volonté de livrer au jour un art de l'ardeur, de la liberté, du bonheur de créer en dehors des références et des livres du savoir. Et pourtant...
La céramique de Withofs, toute tournée vers le défi, la surprise, l'inexploré, la rareté, le non-art même provocant, est à voir, elle aussi, au-delà de l' abstraction faite des formes convenues, comme un acte de fidélité aux figures des Anciens, aux usages et aux héritages fabuleux des mains de maîtres. Etonnamment personnelle et partageant en même temps, autour d'un foyer commun, la foi des artisans de l'ailleurs et du temps retrouvé. Pour donner un sens essentiel aux matières qu'elle voudrait éternelles, aux terres mystérieuses du monde.
Michel Ducobu

































