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Si vous désirez participer à la 13ème édition du salon Céramique 14 qui aura lieu du 5 au 9 octobre 2016, nous vous invitons à télécharger le règlement/dossier d'inscription au format pdf ou Word :

Salon Céramique 14-Paris : Article paru dans la Revue de La Céramique et du Verre (N° 206 JANVIER-FEVRIER 2016)

Céramique 14, un bon cru

Mariette van der Ven, Je mens donc je suis, 2011, porcelaine, peinture.
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Cette 12e édition du Salon de la céramique d'art contemporain est au plus près de ses aspirations et de sa vocation : donner à voir les nouvelles voies empruntées par la céramique contemporaine, montrer les audaces formelles et signifiantes des jeunes diplômés et des céramistes plus installés, mais qui toujours acceptent de se remettre en cause.

Un tour de salle suffit à se rendre compte de la satisfaction qu'ont les exposants à être présents. L'ensemble est homogène et qualitatif.

Cette année les Pays-Bas sont à l'honneur avec la présentation du travail de quatre artistes majeures (Marja Kennis, UJrike Rehm, Mariette van der Ven et Mirjam Veldhuis). Les Pays-Bas brillent sur le terrain céramique depuis de nombreuses années en décryptant leur tradition à la lumière des courants nordiques et anglo-saxons. Il en résulte une identité souvent forte et surprenante. Les figures grinçantes de Mariette van der Ven engendrent toujours la même séduction et le même malaise (intimité, apparences, contes et morale), sa jeune fille bleu Klein, notamment, en posture quasi christique et aux membres en bois scarifiés, interpelle.
Le jury composé au fil des ans par Laurence Crespin, Nicole Adam et Nadine Thomas, s'est réuni. Aux manettes·, Frédéric Badet (conservateur à Sèvres-Cité de la Céramique), Kristin McKirdy (céramiste), Clotilde Boitel (directrice de l'École d'art du Beauvaisis), Patrick Loughran (céramiste et parrain de tant de jeunes issus des écoles d'art et pratiquant la céramique), Patrick Montagner (collectionneur) et moi­même. Toutes les composantes de la céramique contemporaine sont représentées : ceux prônant l'innovation, l'installation, ceux pour qui céramique rime avec belle facture et beauté de la terre. Si le Prix du jury récompense un travail, une proposition et un parcours, le Prix mention spéciale a pour mission d'encourager une démarche hautement prometteuse.

Patrick Crulis, Horseworker, 2015, grès émaillé.
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Marie Heughebaert, Détour(détail)
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Ainsi que le veut la tradition, les deux primés de l'année passée ont repris leur place. Myung­Joo Kim, en résidence au Clayarch Art Museum (Corée du Sud), avait confié ses pièces aux bons soins de l'équipe, parmi elles, une ébauche de figurine noire, allongée, abandonnée, en suspension dans le vide, la chevelure luisante coulant à la verticale, sublime (un petit parfum Kristalova de la meilleure période). Charlotte Coquen revient avec encore un nouveau sillage d'investigation : des cornets de glace gaufrés et violemment écrasés au mur. Sur fond de couleurs acidulées, l'image d'une enfance brisée. Travail juxtaposé à un précédent mené sur la notion de « pavillon ».

Céramique sociétale. Il y a les habitués de Cl4. Patrick Crulis, fort de son expérience coréenne et du prix là-bas obtenu, propose trois pièces monumentales couleur marron, caca d'oie et délibérément peu séductrices. Climat politique pour ces machines de guerre engluées d'émail, bancales, phalliques et débiles. En Corée, il aurait - dit-on - appris à couper ses pièces à la scie électrique, à disjoindre, à adjoindre des parties ,qui finalement arrivent toujours un peu comme des compléments incongrus et indispensables. Il y a dans cette proposition radicale - et qui exclut tout autre objet plus coloré et de taille plus modeste - quelque chose d'un manifeste. Patrick Crulis a osé et c'est très certainement cette détermination franche qui a conduit le jury à lui remettre le Prix du Jury. Entre les pansements apposés en différents points du mural de Denis Castaing, les architectures béquilles de Clémentine Dupré et celles de Patrick Crulis, il est étonnant de voir combien l'esprit des objets « hospitaliers » de Pierre-Damien-Huygue plane sur cette création. La céramique contemporaine française, plutôt indifférente à ce propos jusqu'à il y a peu - comparé aux Anglo-Saxons - se révèle de plus en plus aux prises avec la société dans laquelle elle évolue. Denis Castaing a pris le parti de développer des formes au mur : charnières modulaires, béquilles blanches et pansements verts. Nous y voyons un jeu de formes, il y défend une ville en ruine colmatée. Même chose pour Évelyne Boinot. Clémentine Dupré poursuit ses recherches murales et volumétriques autour de la forme structure. Elle avance, suit son fil, a introduit judicieusement la contre forme, pleine et blanche. Les formes tubulaires trouvent une assise plus forte tout en paraissant gonflées à l'hélium. Le tout reste techniquement irréprochable, rigoureux et pensé. Le travail de Véronique Depondt est lui aussi exclusivement dédié à cette recherche formes / contre­formes / volumes, développée à partir de photographies aériennes de vestiges archéologiques. Le propos architectural n'est jamais loin. Creux ovoïdes et stries associées rappellent aussi certaines façades en béton des années 1950.

Le vintage industriel. Le structuralisme industriel s'avère très présent, trop peut-être. Castaing s'attaque à la modularité d'un élément donné, Depondt au rapport de formes, Frédérick Gautier, chanceux résident de la péniche Le Corbusier au port d'Austerlitz en 2015, imagina une série d'utilitaires design (théières, tasses et plats) à partir de modules issus de l'industrie. Le succès commercial semble être au rendez-vous, des éditions sont en cours. Là encore, la terre, façon béton, est à l'honneur. Hélène Delépine, issue du réseau ECART, propose également des modules sortis de l'iconographie industrielle, boulets, chaînes, cônes, avec souvent de très beaux effets de surface aux accents métalliques mats ou lustrés. Elle nous a prouvé par le passé qu'elle savait gérer des propositions spatiales plus ambitieuses. Sortie de l'école (ENSA Limoges) et de ses préceptes, elle cherche manifestement sa voie et il est certain qu'elle saura très vite nous étonner. Anne-Soline Barbaux dont on connaît désormais bien les bols si frêles et si nettement incisés s'immisce dans les volumes pleins, cubiques, qu'elle cherche à rythmer par un émaillage bicolore simple et par la répétition d'un évidement par exemple, soit par une revisite de modules 1950 là encore. Elle le fait bien et son travail fut justement récompensé par le Prix du public. Sur cette voie de l'analogie industrielle, Pascal Lacroix se démarque particulièrement. Par­delà les vases magnifiques mais historiquement connotés Art déco, Pascal Lacroix (dont on ne connaissait jusqu'à présent que les porcelaines émaillées) présente trois hauts cylindres droits (H. 100 cm), trois explorations sublimées de la vis assez superbes. Travail chronophage qu'il souhaite ardemment continuer, peut-être même sous la forme d'une installation.

Pascal Lacroix, Rouleaux mécaniques, 2014, grès émaillé.
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Charlotte Coquen, Y'en aura pas pour tout le monde!, 2015, grès roux engobé.
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Daniel Cavey
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Rapport à l'intime et à l'érotisme. Quitterie Ithurbilde propose deux installations très empreintes d'une décadence lyrique où le sacré rejoint l'intime et le blasphème, l'ostentatoire et le sacrifice. Chemin délibérément anachronique sur lequel culmine la figure de Françoise Quardon. Frédérique Fleury, quant à elle, s'inscrit dans cette longue tradition des artistes femmes jouant sur l'ambiguïté des « travaux de dames » pour nouer, dénouer, menotter, ligoter porcelaine, cuir blanc tressé et tissus grèges cousus. L'organique persiste aussi avec les volumes amollis de Daniel Cavey et les beaux volumes en grès mat de Antonella Haffaf qui développe linéairement une histoire d'archipels noirs et blancs. Cette nouvelle piste plus ascétique lui va plutôt bien.

Place de la couleur. Le salon donne aussi sa place à l'émail, aux cuissons bois et à la couleur. La couleur, c'est certain, incarne aujourd'hui une passerelle aisée et idéale entre la céramique et l'art contemporain, par la diversité même des appropriations qui peuvent en être faites. Marianne Castelly, Florence Lenain et Marie Heughebaert illustrent trois des voies possibles. Depuis Saint-Sulpice, Marianne Castelly a judicieusement resserré ses propositions pour le stand de Céramique 14-Paris. Dans le dédain relatif des questions de forme, elle concentre ses recherches sur la vitalité de la couleur et interroge l'iconique pot de fleurs. Florence Lenain est la seule cette année à avoir tiré parti d'un angle pour développer une installation au sol. Des blocs - comme autant de microbes ou de bactéries grossies - aux émaillages partiels et totalement hasardeux se bousculent en un éboulis affreusement séduisant. La proposition la plus « peps » du salon revient indubitablement à Marie Heughebaert, précédemment exposée pour des travaux similaires à l'École d'art de Châteauroux, en parallèle de la Biennale 2015. Marie Heughebaert affiche un univers codifié et flashy, issu de la signalétique de chantier mobile. Il y a, bien sûr, un désir de trompe l'œil pour l'immédiateté du jeu qu'il propose au spectateur et l'incongruité absolue à vouloir traduire en céramique émaillée un univers fort et viril au mépris des connotations de fragilité et de préciosité ordinairement associées. Le goût de la brèche et du décalage caractérise le travail de Marie Heughebaert. Son remarquable sens de l'espace mérite aussi d'être souligné. Et, au-delà, travailler à partir de formes existantes, c'est aussi interroger la forme tout court. Les associations bienvenues, les répulsions notoires, les audaces possibles rejoignent une voie de la céramique conceptuelle également empruntée par Dawn Youll, par exemple.
Potier, Anthony Bourahli vient d'achever sa formation « Créateurs » au Cnifop. Poyaudin résolu, il revendique le grès, un émaillage traditionnel, les cuissons bois et un relatif classicisme formel. Ses œuvres massives trahissent encore des influences (Alain Gaudebert et les monstres américains des années 1950-70), mais Anthony Bouralhi est doué et si le vent de l'installation venait à le toucher, on pourrait bien s'en trouver surpris.

Marion Bocquet-Appel. Commande à mes tyrans d'épargner ma mémoire, 2013, biscuit de porcelaine, chêne, avec le soutien de l'ENSA Limoges.
© Crédit photo : Thomas Deschamps

Nouveaux venus dont il faut parler. Marion Bocquet-Appel, ancienne élève de l'ENSA Limoges, enseigne désormais à Duperré (école d'ailleurs présentée à l'accueil aux côtés de Guebwiller). Marion Bocquet-Appel représente son travail de fin de diplôme, soit ses bâtons de pluie émaillés. Superposés à l'horizontale, ils se saisissent, jouent de leur couleur pastel et du son associé. Ses travaux les plus récents questionnent le visible, ce qui est donné à voir, ce qui se soustrait au regard et ce que le regard doit occulter.
Folle année pour Bertrand Secret qui ne ménage pas ses efforts et voit de plus en plus grand. Il travaille comme un fou et fait face à tous les défis (Châteauroux 2015, Carouge 2015, Céramique 14-Paris... ). Il se montre curieux, s'attaque à la gravure, au travail du métal et de la pierre. Son univers si particulier, composé de frêles figures héroïques, chtoniennes et immémoriales, s'élargit, gagne en audace, en taille et en spontanéité. Bertrand Secret est un assoiffé que rien n'arrête plus.

Hélène Mougin est relativement neuve sur le terrain de la céramique. Sa liberté, sa manière de surfer sur la forme et l'informe, sur l'émail (jaune, bleu ciel, rose ou verdâtre), sur le rapport des matières (céramique et cuir, céramique et éponge), sa quête du sensible et de l'émouvant par-delà tous les codes, l'adjonction d'un papier collé en point de fuite, son humour situationniste à la Glenn Baxter ... tout est bienvenu, juste et incroyablement réjouissant. Le jury lui a attribué la Mention spéciale 2015.

STEPHANIE LE FOLLIC-HADIDA (La Revue de La Céramique et du Verre)
(Photos: Thomas Deschamps)

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Lauréats de la XIIème édition du Salon Céramique 14

 

Prix du Jury 2015 : Patrick Crulis

Patrick Crulis

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Mention spéciale du Jury 2015 : Hélène Mougin

Hélène Mougin

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Prix du Public 2015 : Anne-Soline Barbaux

Anne-Soline Barbaux

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